Journal de bord n°2 - Mardi 28 novembre 2017

(actualisé le ) par J. MARTIN

Mère Courage, Bertolt Brecht, 1938-1939

Présentation du théâtre brechtien et de ses principaux concepts : dialectique, mise à distance, théâtre épique, historicisation.

(À partir du Dictionnaire du théâtre de Patrice Pavis et du Dictionnaire encyclopédique du théâtre de Michel Corvin)
B. Brecht est né en 1898 à Ausbourg et est mort en 1956 à Berlin est.
C’est durant son exil (il est un antifasciste notoire et a quitté l’Allemagne dès les sombres heures de 1933) aux États-Unis qu’il rédigera Mère Courage. Communiste, il sera chassé par le maccarthysme, se réfugiera en Suisse en 1948, puis entrera en Allemagne de l’est en 1949 pour fonder le Berliner Ensemble. Son théâtre est suspect aux yeux des autorités de RDA mais connaît une gloire internationale grâce à ses tournées.

Le théâtre brechtien se caractérise par une technique de jeu qui favorise l’activité du spectateur, grâce au caractère démonstratif du jeu de l’acteur.
L’historicisation consiste à insister sur le caractère historique de la réalité représentée. Le spectateur doit donc faire l’effort de comprendre une situation dans son contexte historique, donc non immuable. Il s’agit de penser les pièces selon les exigences de chaque époque et dans le contexte idéologique qui lui correspond.

Le théâtre épique se veut différent du théâtre aristotélicien, davantage fondé sur la tension dramatique, le conflit, la progression régulière de l’action. Il s’agit, dans le théâtre épique, de moins montrer que raconter : les personnages exposent les faits au lieu de les dramatiser. Brecht a inventé pour cela un exercice : le témoin d’un accident le raconte à d’autres personnages, gestuellement et verbalement. Mais l’issue du drame est connue d’avance et le chœur ou les commentaires des autres personnages empêchent toute montée de la tension. De plus, l’action est distanciée par le récit, porteur d’une point de vue, et permet au spectateur de juger plus objectivement. Le jeu des acteur-trice-s doit accentuer la sensation de récit et de neutralité narrative, tout en dépsychologisant la scène. Enfin, le théâtre épique veut montrer qu’un récit n’est pas neutre : il y a des choix et l’émergence d’un point de vue sur la fable (notamment grâce au narrateur).

Présentation de l’intrigue de Mère Courage : dialectique entre intérêt économique (la guerre la fait vivre) et intérêt humain/personnel (la guerre prend ses enfants à Mère Courage). Dialectique de la "profiteuse" et de la victime. Dans cette pièce et le théâtre de Brecht en général, les personnages sont pris dans "l’hésitante complexité d’une liberté dans l’aliénation et de l’aléniation dans une liberté" (Philippe Ivernel).

Consigne : À l’image de Mère Courage, les élèves présentent une improvisation mettant en scène l’existence d’une dialectique rendant chaque choix fait par le personnage problématique.

Groupe 1 : Baptiste, Justine, Slimane, Regina.
Un père alcoolique et drogué. La mère se fait menacer et doit travailler pour rembourser les dettes du père. Retour en arrière (=analepse) dans le temps signifié par les élèves grâce à la marche arrière.

Groupe 2 : Sarah, Laur’Agness, Lyna, Thècle, Shirin et Yoni.
Shirin est une star qui passe à côté de sa vie personnelle car elle est une mannequin célèbre. À la fin, elle hurle de détresse. Rôle muet car elle est dépassée. Sa dialectique : être riche et célèbre mais n’avoir aucune existence personnelle épanouie.

Groupe 3 : Inès B., Khady, Anissa, Enzo, Jenna, Sally Bell.
Enzo joue le rôle d’un père alcoolique. Trois enfants. Drame : il n’y a plus d’alcool. Le père gâche sa vie de famille.

Groupe 4 : Shanaëlle, Beyza, Cassandra, Ethan, Ivenilde.
Shanaëlle est harcelée par Beyza. Lumière éteinte entre chaque traversée de la scène par Shanaëlle qui a, en réalité, un cancer.

Groupe 5 : Bryant, Lauriane, Elaia, Alioune.
Alioune interprète le rôle du père qui joue aux cartes avec ses enfants. Lauriane, la mère, se plaint de cuisiner toujours la même chose en raison de leur manque de moyens. Dispute monstrueuse entre les parents. La mère ne se laisse pas faire. Elle est le personnage de la dialectique. Les enfants restent muets mais passent de temps à autre la tête par la porte.

Groupe 6 : Ingrid, Julie, Aïcha, Youram, Ryan.
Un groupe de musicien-ne-s se constitue pour financer leur existence. C’est le frère qui en profite seul.