"La Tempête" : Une représentation théâtrale à la Comédie Française

(actualisé le ) par J. MARTIN

Une représentation théâtrale à la Comédie Française

Convoquant les deux objets d’étude spécifiques à la série L en classe de Première, Les réécritures et L’Humanisme, vers un espace culturel commun, la mise en scène de Carsen de La Tempête, ultime pièce de Shakespeare, à la Comédie Française est venue illustrer les questions posées en classe : d’une part, la problématique de la représentation de la tempête dans l’art et la littérature ; d’autre part, le questionnement sur les rêves de la Renaissance, en particulier la figure du Prince comme idéal politique Le professeur : F. MASSON

© Comédie Française

La Tempête à La Comédie Française : un théâtre de lumière et d’ombres, article de Lina L.
Le 13 février 2018, les élèves du groupe littéraire de la classe de 1LES se sont rendus à la Comédie Française afin d’assister à une pièce de théâtre mise en scène par le metteur en scène canadien Robert Carsen. Cette représentation théâtrale, intitulée La Tempête, est une adaptation française de William Shakespeare, traduite de l’anglais par Jean-Claude Carrière. Cette reprise, avec quelques modifications, telles que le choix de la traduction et langage qui devient moins poétique, donne un côté plus actuel, contemporain à l’œuvre de la Renaissance. La pièce dura 2h40 ; elle débuta à 20h30 avec un entracte aux alentours de 21h50 ce qui nous a permis de nous balader et visiter de plus près la Comédie Française. La salle était remplie de personnes de tous âges et de toutes cultures : c’est une pièce qui rassemble.

© Sara de Medeiros

La Tempête, qui est une des dernières pièces qu’a écrites William Shakespeare, met en scène Prospero, joué par Michel Vuillermoz, un duc déchu par Antonio, son frère, légitime duc de Milan, avec sa fille Miranda qui seront exilés sur une île. La pièce s’ouvre sur la tempête que provoque Prospero, et avec elle, le naufrage de son frère qui a usurpé son royaume. Celle-ci fait alors échouer tous ceux qui l’ont trahi. Ils sont soumis à une série d’épreuves, avec par exemple la magie d’Ariel. William Shakespeare, dans cette pièce, renforce en effet la magie avec deux personnages : Ariel, personnage magnifique aux pouvoirs exceptionnels, et Caliban, qui incarne le monstre devenu soumis…

© Sara de Medeiros

Le choix de mise en scène est très recherché et très important sur le rendu final. En effet, ce que nous remarquons tout d’abord, c’est le décor minimaliste d’un cube blanc avec l’usage des passages de vidéos en noir et blanc qui installe un paysage totalement magique et nous plonge dans cet univers extraordinaire. Ces vidéos en fond illustrent les pensées de Prospéro, avec par exemple les vagues, ainsi que le bruit qui respectent le titre de la pièce, ainsi que le côté métaphorique de cette tempête qui fait rage tout au long de la pièce : ces images permettent d’enter en profondeur dans l’univers mental de Prospéro avec ses souvenirs.
De plus, le jeu de lumière ainsi que le jeu d’ombres illustrent complètement le pouvoir de Prospéro : souvent en grand, ce qui montre la grandeur, la puissance, et les lumières, parfois très lumineuses, ce qui renforce la magie et transporte le spectateur presque dans un autre monde. Les sons, parfois inquiétants, rendaient la pièce beaucoup plus captivante. Lors de cette visualisation, on constate une réelle mise en abyme au début, lorsque les personnages arrivent, ce qui brise le quatrième mur qui nous rappelle la pièce de théâtre Antigone 82 que nous avons vue en novembre. Le registre comique avec les ivrognes et Caliban, l’esclave révolté, qui fait presque penser à celui de la réadaptation « d’un théâtre pour nègres » d’Aimé Césaire, et est alors proche de la farce. Ces références renforcent la modernité de la représentation. Ce côté humoristique laissait passer quelques rires dans la salle, ce qui créait une sorte de complicité entre les spectateurs et les acteurs. Ce qui rend aussi cette pièce originale et actuelle, ce sont les anachronismes, tels que les costumes d’armée : la question du pouvoir est ainsi montrée. L’espace qui se transforme symbolise le changement de Propséro. A la fin, il se réconcilie avec son frère et pardonne le mal.
Enfin, la Tempête est une pièce très intéressante car elle nous questionne sur le pouvoir, pouvoir politique mais aussi pouvoir de la pensée. Chaque instant, chaque parole comptent. C’est une pièce magique, voire mystérieuse : Ariel et Caliban apparaissent presque comme des esprits invisibles, créés par la pensée ou l’imagination de Prospéro et visibles seulement par lui : cela renforce la puissance de cette pièce ; même si ces derniers sont invisibles, ils ont le pouvoir d’agir, tel Ariel, qui arrive à faire endormir les personnages rien qu’en les touchant. Le spectateur est captivé par le jeu d’acteur d’Ariel, habillé en blanc, magique. La Tempête est une pièce qui questionne également sur la liberté, l’enfermement : Prospéro qualifie d’ailleurs son île de « cellule » en disant « ma cellule » comme s’il disait « mon âme, mes pensées ». De plus, cette pièce symbolise l’amour : l’amour fraternel, l’amour adolescent entre Miranda et Ferdinand, la réconciliation… Mais l’œuvre permet également une réflexion sur le pouvoir actuel : certains Hommes sont prêts à tout pour arriver à leurs fins, quitte à tuer, pour la gloire. La pièce se termine avec la citation suivante qui est d’ailleurs le titre de la dernière pièce de W.Shakespeare : « Tout est bien qui finit bien ».

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