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"Gabriel" - Une représentation au Vieux Colombier dimanche 3 octobre en classe de Première G3 !

Publication : par Jérémy MARTIN

Une représentation au Vieux Colombier dimanche 3 octobre en classe de Première G3 !

Avec Gabriel , pièce écrite en 1839 alors qu’elle séjourne à Marseille avec ses enfants et Frédéric Chopin, George Sand invente une grande héroïne théâtrale. L’histoire se déroule dans une Renaissance italienne imaginaire. Le prince Jules de Bramante a deux fils : son aîné qu’il aime donne naissance à une fille, quand le second qu’il déteste est père d’un garçon. Or, comme selon la loi du majorat seuls les hommes peuvent hériter, le prince dissimule sa petite-fille et lui fait donner l’éducation physique et intellectuelle qui sied à un jeune homme. La pièce débute lorsqu’on vient avouer ce terrible secret à Gabriel qui ignore tout de sa véritable nature de femme. Comédie Française

Pour nous, par son intrigue et son personnage, l’œuvre de George Sand croise deux problématiques : la première se rattache au parcours « Crise familiale, crise personnelle » de l’objet d’étude Théâtre ; la seconde illustre le parcours « Personnage en marge, plaisir du romanesque » de l’objet d’étude Roman. Le professeur, Frédérique MASSON

Les mots du metteur en scène Laurent Delvert : « L’idée principale qui nous a guidés au cours de l’adaptation a été de rendre apparent et sensible le chemin initiatique de Gabriel. Femme issue d’une expérience éducative qui l’a dotée de toutes les armes, légitimité comprise, dont dispose un homme dans le monde, elle va tenter d’y trouver sa juste place. Nous avons conservé autour de Gabriel sept personnages du roman dialogué, comme autant d’archétypes structurant la société patriarcale et forgés par elle. La pièce s’organise donc en séquences où Gabriel, rencontrant ces sept figures, va se confronter tour à tour à l’altérité, l’amour, l’amitié, la joie, la justice, les peines, la jalousie, la mort. »

Vincent Pontet/Comédie Française
Vincent Pontet/Comédie Française

Une crise personnelle, par Maroua CHOUKRI
Au théâtre, une crise personnelle renvoie à un moment où un individu est troublé dans sa personne, dans son identité, dans ce qui le définit. Ici, tout au long de la pièce, Gabriel est dépeint comme un personnage complexe, en constant débat avec/ contre soi-même : elle fait face à de nombreux dilemmes qui entraînent, à chaque fois, une crise personnelle.
De fait, lorsque son grand-père lui révèle sa vraie nature, Gabriel est partagée entre céder aux injonctions du Prince, injustes à ses yeux, et retrouver son cousin Astolphe, déshérité et délaissé, pour dépenser son argent avec lui. Eprise de liberté et de justice, elle rompt avec les attentes irréalisables de son grand-père pour retrouver Astolphe. De plus, au moment où Astolphe découvre le vrai sexe de Gabriel, tous deux s’éloignent du monde pour vivre dans le secret une vie de couple heureux. Mais ce bonheur ne dure pas car très vite Astolphe devient fou de jalousie des moments de liberté de Gabriel : lorsqu’elle reprend son apparence de jeune homme pour entretenir sa relation avec son grand-père ou chasser avec ses amis. Voulant garder Gabriel pour lui exclusivement, Astolphe va peu à peu la contraindre, ce qui va la pousser à s’enfuir pour échapper à sa tyrannie. Cette ambiguïté sexuelle la poursuit car elle ne peut la vivre pleinement. D’un point de vue psychologique, Gabriel est constamment humiliée à cause de son sexe et il est impossible pour elle, femme affranchie, de vivre de cet amour possessif. Ainsi, l’histoire de Gabriel est tragique : après avoir mené un combat contre elle-même toute sa vie et se sentant impuissante dans son histoire d’amour, elle se laisse mourir.

Une crise d’identité, par Meryam ABELOUCHE
La représentation de la pièce Gabriel pose la question de la crise de l’identité des personnages voyant leur rôle s’effacer par la révélation de Gabriel/le. La crise de l’identité est l’incapacité pour l’égo d’avoir une identité qui lui est propre. Nous apercevons que dès que la révélation est dite à Gabriel/le, un bouleversement a lieu. Rien n’est plus comme avant. Citons l’exemple d’Astolphe : Astolphe est le cousin déshérité de Gabriel/le. Tout se passait comme à son habitude pour lui jusqu’à ce qu’il fasse la rencontre de son cousin. Il est alors totalement troublé par sa beauté d’homme, considérant dès lors Faustina, son amante, bien moins attrayante en comparaison. Quel fut son bonheur lorsqu’il apprit que son cousin est en réalité sa cousine. Bonheur peu à peu effacé par le tourment de voir sa masculinité disparaître face à la double vie que Gabriel/le mène en secret dans cette société patriarcale. Malgré tous les efforts de Gabriel/le, ce n’est jamais suffisant : la liberté à laquelle elle aspire devient dévastatrice quand Astolphe la refuse. Comme il ne se sent plus dominant, son égo en prend un coup ; la jalousie le ronge. Il réagit en étouffant Gabriel/le malgré lui. Il se sent véritablement homme en la compagnie de Faustina vers qui il retourne à la fin de l’œuvre. L’analyse du personnage d’Astolphe permet donc de comprendre comment la représentation de la pièce Gabriel pose la question de la crise de l’identité.